10 raisons de regarder LA 317E SECTION de Pierre Schoendoerffer

Posté par michael le lundi 8 mai 2017 il y a 4 mois

1. L’histoire

En 1954, pendant la Guerre d’Indochine, la 317e Section, composée de quatre officiers français, dont l'adjudant Willsdorf, alsacien incorporé de force dans l'armée allemande et le sous-lieutenant Torrens, frais émoulu de Saint-Cyr, et de 41 soldats laotiens, doit quitter son poste et en rallier un autre à 150km. Entre les deux, les morts s’accumulent sous les assauts des forces Viet-Minh et de la maladie.

2. Une histoire très personnelle

Attiré par l’aventure, Pierre Schoendoerffer a seulement 24 ans quand il s’engage en Indochine. En s’engageant dans le Service Cinématographique des Armées, Il y voit l’occasion de se former au cinéma qui le passionne. Fait prisonnier à Diên Biên Phu, il survit au conflit et garde un fort sentiment pour ses compagnons d’arme: “J’ai été un des leurs. Bien que correspondant de guerre, je n’étais pas un observateur impartial et glacé. J’ai vécu avec eux ; je me suis battu avec eux, maintenant j’ai pris du recul mais je garde une sympathie pour mes anciens compagnons.”

3. Un rare film sur la guerre d’Indochine

C’est en pleine guerre d’Algérie, après être devenu reporter de guerre, que Pierre Schoendoerffer propose son synopsis de La 317e Section à des producteurs. Mais les tragédies militaires sont malvenues à cette époque et le cinéma français, censure oblige, n’est pas réputé pour s’attaquer à des sujets brûlants. Schoendoerffer écrit donc, à partit de son synopsis, un roman dont le succès poussera le producteur phare de la Nouvelle Vague, Georges de Beauregard (A Bout de souffle, Cléo de 5 à 7, Léon Morin Prêtre...) à changer d’avis.

Contrairement au conflit vietnamien suivant qui a été montré au cinéma des dizaines de fois par les Américains, La 317e Section reste un des rares films à traiter directement du conflit indochinois. Parmi les autres films sur le conflit, on peut citer Patrouille de Choc (1957), Le Facteur s’en va en guerre (1966) et Charlie Bravo (1980), tous les trois réalisés par Claude Bernard-Aubert qui était lui aussi auparavant reporter de guerre en Indochine, et bien sûr Diên Biên Phu réalisé en 1992 par Pierre Schoendoerffer.

4. Un regard quasi-documentaire

Grâce au chef opérateur attitré de la Nouvelle Vague, Raoul Coutard (A Bout de souffle, Jules et Jim etc.), lui aussi un ancien d’Indochine, Pierre Schoendoerffer tourne La 317e Section comme un documentaire, sans artifice, au plus près des hommes.  Le réalisateur raconte : “Grâce à Raoul Coutard j’ai pu adopter le ton des actualités mais sans leurs défauts techniques. Ce sont en quelque sorte des actualités structurées. J’ai filmé toutes les scènes en plaçant toujours la caméra où pouvait se trouver un soldat.”

5. Un tournage en condition réelle

Le tournage de La 317e Section a lieu au Cambodge près de la frontière vietnamienne et la figuration est assurée par l’armée royale du Cambodge mise à la disposition du réalisateur par le roi Norodom Sihanouk, un grand cinéphile dont Schoendoerffer avait fait la connaissance pendant son service au SCA. Là-bas, le réalisateur a imposé à ses acteurs et la très réduite équipe technique un traitement militaire rude pour les mettre véritablement dans la peau de soldat, comme il l’a raconté: “Sur place, j’ai rationné l’alimentation et j’ai imposé à tout le monde la vie militaire. Un film sur la guerre ne peut pas se faire dans le confort! Tous les matins, nous nous levions à cinq heures et partions en expédition à travers la jungle. Nous étions ravitaillés par avion chaque semaine. La pellicule était expédiée à Paris dans les mêmes conditions. De là-bas, on nous répondait télégraphiquement : “bon” ou “pas bon”. Dans le second cas, nous recommencions.”

6. L’impression de vivre la guerre

Si un grand soin a été apporté à l’image brute, sèche, Pierre Schoendoerffer a aussi apporté un grand soin au son pour restituer l’ambiance de la jungle, le sentiment d’angoisse et de terreur des soldats à la merci des éléments et de leurs ennemis invisibles. Il a raconté : “Tout le film a dû être postsynchronisé. Mais j’ai passé le double de temps normal pour un film de ce genre, à enregistrer les acteurs et à monter les bruits que j’avais pris au Cambodge. Quand Bruno Cremer s’écrie à un moment : « Bande de cons », il faut que le spectateur reçoive cela comme un coup de poing. Les mots, les voix, cela aussi fait partie de la guerre.”

7. Jacques Perrin

Alors jeune premier connu pour ses rôles romantiques, en particulier dans La Fille à la valise, Jacques Perrin a dû lutter pour obtenir le rôle du Lieutenant Torrens, jeune diplômé de Saint-Cyr. Comme Pierre Schoendoerffer le raconte:  “Quand je l’ai connu à Paris, il était plutôt grassouillet. Mais je voulais lui donner ce visage de loup qu’ont les fantassins après deux mois de campagne : alors je l’ai mis au régime et il a perdu dix-huit kilos !” Le reste de sa carrière d’acteur sera marqué par cette dichotomie entre les rôles romantiques (en particulier pour Jacques Demy) et les rôles politiques (en particulier chez Costa-Gavras).

8. Une référence dans le film de guerre

La 317e section est une révolution dans le cinéma pour sa façon de filmer la guerre. Jamais on avait filmé la guerre aussi prêt des hommes, sans aucune emphase sur l’idéologie, sur les causes du conflit, sur les ennemis - invisibles. Ce style sec donne alors au film une dimension presque métaphysique que l’on retrouvera plus tard dans le beaucoup plus baroque Apocalypse Now de Francis Ford Coppola. Celui-ci, d’ailleurs, rend hommage à La 317e Section dans la version longue (Redux) du film, en mentionnant la réplique “Le Blanc part. Le Jaune reste” directement issue du film de Schoendoerffer. John Milius, le scénariste de Apocalypse Now, ne s’est par ailleurs jamais caché qu’il s’était inspiré du roman L’Adieu au Roi (1969) de Schoendoerffer pour écrire le film (Il en a même plus tard réalisé une adaptation).

9. Les récompenses

Alors qu’il est considéré comme un outsider dans la sélection du Festival de Cannes, La 317e Section y remporte le Prix du meilleur scénario.

10. Les critiques (d’origine)

“Le grand mérite du film est de nous révéler un aspect de cette guerre atroce en se maintenant d’une certaine façon “au-dessus de la mêlée”[…]. À sa lumière on peut sans doute mieux comprendre certains événements qui se déroulent aujourd’hui même, sur les mêmes lieux.” - L’humanité

“Le réalisateur, Pierre Schoendoerffer, est parvenu à une sorte de miracle d’authenticité. Il est vrai qu’il y a mis, en plus de son coeur, un peu de son sang et beaucoup de son âme lasse, lucide et droite. Bref, il ne s’agit pas de mise en scène mais de reportage” - Le Soir

“Je suis profondément antimilitariste et c’est la première fois que je comprends des militaires de métier. La mort du sous-lieutenant me scandalise toujours autant, mais Schoendoerffer a réussi à me faire admettre que le sous-lieutenant, selon son échelle de valeurs à lui, n’est pas mort pour rien. Je n’en suis pas encore revenu. J’ai compris ce que signifiait l’honneur pour lui.” - Le Nouvel Observateur

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