10 raisons de regarder LA PORTE DU PARADIS de Michael Cimino

Posté par michael le dimanche 23 avril 2017 il y a 1 an

1. L’histoire

La Porte du Paradis est l’histoire de deux anciens élèves de Harvard qui vont se retrouver en 1890 dans le Wyoming. Averill est shérif fédéral tandis que Billy Irvine, rongé par l'alcool, est membre d'une association de gros éleveurs qui, pour garder leur monopole, tentent de chasser les immigrants fraîchement arrivés, pour la plupart, d'Europe centrale. Mais entre les deux hommes, alors qu’une guerre se prépare entre les éleveurs et les immigrants, il n’y a pas qu’une opposition d’idée et la violence, il y a aussi Ella, une prostituée d’origine française.

2. Michael Cimino

A l’époque où Michael Cimino tourne La Porte du Paradis, il est le réalisateur le plus en vue d’Hollywood. Après le petit film de braquage Le Canardeur avec Jeff Bridges et Clint Eastwood qui remporte un beau succès au box-office, il a récolté les Oscars du meilleur film et du meilleur réalisateur pour Voyage au bout de l’enfer en 1979.

3. Une immense fresque comme on en fait plus

Après le gigantesque succès de Voyage au bout de l’enfer, le studio United Artists est bien décidé à faire de La Porte du Paradis le chef d’oeuvre épique et indisputable de la décennie qui s’amorce. Ils veulent faire leur Lawrence d’Arabie, leur Autant en emporte le vent, leur Docteur Jivago, un western qui ne serait pas seulement une suite de fusillades mais une grande saga sur l’Amérique, son histoire et ses fondations. Entre une monumentale scène d’obtention de diplôme à Harvard au début et une épique scène de bataille à la fin, La Porte du Paradis est donc une grande fresque de presque quatre heures qui donne la sensation, après coup, à ses spectateurs d’avoir compris pourquoi l’Amérique est ce qu’elle est.

4. Une production gigantesque

Pour sa fresque, rien n’était trop beau (ou trop couteux) pour Michael Cimino. Une ville a été entièrement construite dans les décors naturels du Wyoming; des milliers de tonnes de terre ont servis à recouvrir des routes en goudron; un bateau à vapeur d’époque a été acheminé d’un musée du Montana pour la somme colossale de 150 000 dollars (450 000 en dollars de 2017); 1200 figurants ont été recrutés, tous habillés en costumes d’époques, avant d’être envoyé au “Cimino Camp” où on leur a appris comment monter à cheval, à faire du patin à glace et les techniques du combat de coq.

5. Le perfectionnisme

Conscient qu’il devait faire un chef d’oeuvre dont on se souviendrait des décennies plus tard, Michael Cimino n’a jamais rien laissé au hasard, poussant son perfectionnisme à des sommets rarement atteints.  Par exemple, Jeff Bridges raconte que pour la grande scène de bataille finale, ce sont des acteurs qui ont dû jouer les scènes et non des cascadeurs. Cimino a également fait entièrement reconstruire une route parce qu’elle n’avait pas la bonne largeur et a fait construire un système d’irrigation sous les lieux de tournage de la scène de bataille afin que l’herbe ne dessèche pas.

Cimino était ainsi si méticuleux que, après six jours de tournage, il avait déjà cinq jours de retard: il avait ainsi filmé une minute et demi d’images utilisables pour un coût de 900 000 dollars (soit 2,6 millions de dollars). A ce rythme, le studio calcula que le film allait leur coûter un million de dollars par minute de film. Au final, le devis initial à 4,5 millions de dollars a finalement abouti à un budget dix fois supérieur de 44 millions de dollars (130 millions de dollars de 2017). Une somme pharaonique à l’époque. Mais, ravissement pour les yeux, chaque centime est visible à l’écran.

Mais le perfectionnisme de Cimino ne s’arrêta pas au tournage. Ayant tourné près de 220 heures de rushs, le réalisateur passa des jours et des nuits entières dans la salle de montage pour livrer un film qui ne devait pas dépasser trois heures. Son résultat, présenté à l’avant-première new-yorkaise en novembre 1980, faisait presque quatre heures.

6. Isabelle Huppert

Quand les deux stars féminines de l’époque, Jane Fonda et Diane Keaton, refusèrent le rôle d’Ella, Michael Cimino porta son choix sur la toute jeune Isabelle Huppert qui, même en France, n’était pas encore très connue. Les producteurs n'étaient donc pas fans de la jeune actrice dont un raconta, plus tard, qu’elle était “trop jeune, trop française, trop moderne et trop hésitante pendant son audition”. Et pourtant, au regard de l’immense carrière de l’actrice, elle semble aujourd’hui parfaitement à sa place dans le rôle d’une jeune prostituée immigrée dont les faveurs sont disputés par deux Américains.

7. La beauté visuelle

Exploitant les grands espaces du Wyoming à leur plein potentiel avec des longs et larges plans contemplatifs à la Leone ou à la John Ford, le chef opérateur Vilmos Zsigmond (Rencontres du Troisième Type, Deliverance, Voyage au bout de l’enfer, Blow Out...) a fait de La Porte du Paradis un sublime tableau mouvant, assurément une des plus belles photographie de l’histoire du cinéma.

8. Un film en forme de chant du cygne

Plombé par des critiques qui ne comprirent pas le film à sa sortie (le New York Times écrivit que La Porte du Paradis est un tel échec qu’on pourrait suspecter que Michael Cimino a vendu son âme au diable pour avoir le succès de Voyage au bout de l’enfer et que le diable est venu collecter sa dette.”) Résultat: Michael Cimino dût se résoudre à remonter son film dans une version de 2h30 qui, évidemment, n’avait plus l’ampleur de la première version et le condamna à faire un bide au box-office et à ruiner le studio United Artists qui dût se mettre en faillite.

Michael Cimino fut donc accuser, par sa folie des grandeurs, d’avoir tué le très adulte “Nouvel Hollywood” et d’avoir laissé sa place au très adolescent cinéma des années 80 - même si, il n’est pas le seul à s’être planté au box-office cette année-là à l’image de ses collègues Brian de Palma avec Blow Out, de William Friedkin avec Le Convoi de la peur et de Francis Ford Coppola avec Coup de Coeur.

9. Un chef d’oeuvre tardif

Il a fallu trente ans pour que La Porte du Paradis, restauré dans sa version originale, retrouve sa grandeur et ne soit plus vue par les cinéphiles du monde entier comme un désastre artistique et économique. Dans un article pour la BBC, on peut ainsi lire qu’il y a “tellement de splendeur dans La Porte du Paradis qu’il est presque inconcevable que quelqu’un ait pu le décrire comme un ‘désastre inqualifiable’. Et les scènes qui furent critiquées en 1980 pour être symptomatique de l’excès et du gâchis (la valse à Harvard, le patinage) sont en fait les scènes qui, aujourd’hui, vous coupent le souffle.”

Pour des spectateurs habitués à regarder des séries ambitieuses pendant plusieurs heures, son rythme et sa durée deviennent ainsi beaucoup moins choquants qu’ils n’ont pu l’être aux premiers spectateurs. Surtout, le contexte de l’époque, avec Cimino ayant interdit le tournage aux journalistes, avec les rapports de dépassements spectaculaires de budgets et surtout le désintérêt croissant du public pour les grandes oeuvres adultes du Nouvel Hollywood au profit de divertissements populaires comme Les dents de la mer et Star Wars, avait obscurci le regard critique de beaucoup de journalistes qui avaient fait de La Porte du Paradis une cible à abattre.

10. Un film qui n'a jamais été autant d’actualité

Trente cinq ans plus tard, La Porte du Paradis n’a jamais paru aussi d’actualité. Il est ainsi impossible de ne pas voir tous les réfugiés syriens traversant l’Europe dans les images de ces immigrants d’Europe de l’est franchissant les grands espaces américains pour trouver la paix. De même, difficile de pas voir nos hommes politiques et leur réthorique xénophobes et racistes dans les propos des propriétaires terriens qui traitent ces immigrants de “voleurs et d’anarchistes, de troupes de pauvres dégénérés et ignorants.”

Sources Images : film-grab

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