10 raisons de regarder LE SAMOURAÏ de Jean-Pierre Melville avec Alain Delon

Posté par michael le lundi 10 avril 2017 il y a 6 mois

1. L’histoire

Jef Costello, un tueur à gages solitaire et froid au code de l’honneur très strict, se retrouve avec d’autres tueurs à gages aux trousses après avoir réalisé un contrat dont a été témoin la pianiste du club. Comme disait Jean-Pierre Melville, Le Samouraï est “une longue méditation sur la solitude”.

2. Jean-Pierre Melville

Maître du film noir "à la française", Jean-Pierre Melville a réalisé quelques uns des chefs d'oeuvre du genre comme Le Doulos avec Jean Gabin, Le Deuxième Souffle avec Lino Ventura, Le Cercle Rouge avec Bourvil et Un Flic, son dernier film, qu’il tourne avec Alain Delon quatre ans après Le Samouraï largement considéré comme son chef d’oeuvre.

3. Alain Delon

On peut penser ce qu'on veut de l'Alain Delon des années 80 à aujourd'hui, on ne peut nier l'importance et le charisme de l'acteur dans les années 60 et 70. Quand il tourne Le Samouraï en 1967, il a déjà été le héros de quelques monuments du cinéma français et italien comme La Piscine, Rocco et ses frères, Plein soleil, L’Eclipse ou Le Guépard.

Et si Le Samouraï lui colle tant à la peau, c’est sûrement qu’il y a beaucoup de l’acteur dans le personnage de Jef Costello, tueur à gages mutique et solitaire. La légende veut en effet que le jour où Jean-Pierre Melville présenta le projet à l’acteur, il emmena le réalisateur dans sa chambre, une pièce quasi-vide où ne trônait qu’un canapé en cuir et un sabre de samouraï accroché au mur.

4. Un polar atmosphérique

Dans une interview, Jean-Pierre Melville racontait :

“Je ne veux pas situer mes héros dans le temps. Je ne veux pas que l’action d’un film soit reconnaissable à quelque chose qui s’est déroulé en 1968. C’est pourquoi dans Le Samouraï, par exemple, les femmes ne portent pas de mini-jupes et que les hommes portent des chapeaux - quelque chose, malheureusement que plus personne ne porte aujourd’hui. Je suis pas intéressé par le réalisme. Tous mes films sont à la frontière du fantastique. Je ne suis pas un documentariste. Un film est avant tout un rêve. C’est absurde de copier la vie pour tenter d’en produire une recréation exacte. La transposition est plus ou moins un réflexe chez moi : je me déplace entre réalisme et fantastique sans que le spectateur s’en rende compte.”

5. Un polar minimaliste

Le Samouraï a tout du film de gangsters, tous les archétypes sont là, du code de l’honneur au destin en marche, mais Jean-Pierre Melville les exacerbe en les dépouillant de tout superflu : dialogues, psychologie, expression des visages, tout est asséché, réduit au pur minimum pour n’en tirer que la moelle, la plus savoureuse partie.

6. Les décors

Pour créer son atmosphère intemporel, Jean-Pierre Melville a fait appel au chef décorateur, François de Lamothe (Cartouche, Les Tribulations d’un chinois en Chine) qui racontait en 2007 dans Paris-Match :

“Tous les intérieurs ont été construits rue Jenner, sur les plateaux du réalisateur Jean-Pierre Melville, seul cinéaste à posséder son propre studio, une sorte de capharnaüm vétuste avec des fils électriques qui pendouillent comme des lianes. Pour la chambre de Jef, ‘le Samouraï’, ce tueur à gages solitaire interprété par Delon, Melville a voulu un décor ascétique, glacial. Pour répondre à ses volontés drastiques, j’ai imaginé une pièce austère avec des matériaux travaillés dans les camaïeux de gris. Peu d’objets, seule une cage avec un canari apporte une touche d’humanité. Des fenêtres à guillotine accentuent l’impression de mort qui rôde en permanence dans le film. En découvrant le décor, Delon m’a lancé : ‘C’est formidable ce que tu as fait, ma poule !’.”

Pour l’anecdote, ces décors prirent entièrement feu après quatre semaines de tournage. Ils furent reconstruits intégralement en seulement deux semaines dans d’autres studios. Le bouvreuil de Jef Costello périt dans la catastrophe.

7. Les débuts au cinéma de Nathalie Delon et Cathy Rosier

La femme de Delon (et mère d’Anthony) qu’il quittera l’année de sortie du Samouraï pour Mireille Darc (qu’il a rencontré sur le tournage de Jeff) apparaît pour la première fois au cinéma dans le rôle de la maitresse de Jef Costello. Elle tournera à nouveau avec Melville dans un petit rôle de L’Armée des Ombres.

C’est aussi une première pour l’ancien mannequin antillaise, la très magnétique Cathy Rosier qui incarne la pianiste. Elle est une des toutes premières actrices noires à décrocher un rôle majeur dans une grosse production française.

8. La musique

La musique du Samouraï est signée par François de Roubaix qui n’a alors que deux musiques de longs-métrages à son actif. Jeune musicien féru de nouveaux sons et de technologie, il est un des premiers à développer le concept de “home studio” en utilisant beaucoup de synthétiseurs. Le thème du film à l’orgue hammond, angoissant et mélancolique, est un grand moment de la musique de films à la française.

François De Roubaix obtiendra plus tard un César pour la musique du Vieux Fusil, son dernier film (il est décédé trois mois après la sortie du film à l’âge de 36 ans).

9. L’Influence sur le cinema de Hong Kong

En 1996, John Woo raconta dans Les Cahiers du Cinéma son amour pour Jean-Pierre Melville et en particulier pour Le Samouraï :

“Melville est un Dieu pour moi. (...) Quand j’ai vu Le Samouraï pour la première fois, ce fut un choc : la technique de Melville et son style narratif très cool était incroyablement frais. J’avais l’impression de regarder un film de gangsters fait par un gentleman. (...) J’adore la façon dont Melville réussit à combiner sa propre culture avec la philosophie orientale. C’est pourquoi le public de Hong Kong adorait tellement ses films. Il comprenait la philosophie chinoise mieux que nous. Je pense que je m’identifie à ses films car sa vision de l’humanité est tellement ancrée dans la tradition orientale. Ses personnages ne sont pas des héros. Ce sont des êtres humains. Dans le monde des gangs, ils doivent respecter les règles mais ils restent fidèles à un code d’honneur qui rappelle l’ancienne chevalerie. Dans les films de Melville, il y a toujours une fine ligne entre le bien et le mal. Ses personnages sont imprévisibles. (...) C’est quand j’ai eu la possibilité de faire Le Syndicat du Crime en 1986 que j’ai vraiment pu utiliser le style et la technique de Melville, comme ça correspondait au même genre, au thriller urbain. J’ai basé le personnage de Chow Yun-Fat, son style, son look, même la façon dont il marche, sur Delon dans Le Samouraï."

10. L’influence sur le cinéma américain

Que ce soit Jim Jarmusch avec Ghost Dog (qui reprend une trame similaire et des dizaines de petits détails), Quentin Tarantino avec Reservoir Dogs ou plus récemment Nicolas Winding Refn avec Drive, le cinéma américain a énormément emprunté au Samouraï (et à Jean-Pierre Melville en général) qui, lui-même, empruntait beaucoup aux films noir et films de gangsters du cinéma américain des années 30 et 40.

Pour la petite anecdote, sorti aux Etats-Unis en pleine folie du Parrain, Le Samouraï a alors été retitré The Godson.

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